Le mouvement S.H.A.R.P (Skinheads Against Racial Prejudice ou Skinheads contre les préjugés raciaux) désigne un mouvement de skinheads dits traditionnels se positionnant contre le racisme (contrairement aux boneheads).
Ce mouvement, né aux États-Unis en 1987 est, comme le mouvement skinhead originel, dénué d'affiliation politique précise. Les premiers skinheads SHARP sont fondamentalement antifascistes et antiracistes avec une forme de patriotisme américain sans ambiguïté : la fierté nationale n'est pas une fierté raciale. La bannière étoilée est d'ailleurs le fond du logo SHARP, un casque tiré du label reggae Trojan.
Ce mouvement est né du souhait d'ancrer le mouvement dans l'antiracisme pour contrer la récupération qui en était faite par l'extrême-droite.Les premières affiches du sharp représentent d'ailleurs une Dr. Martens en train de piétiner une croix gammée sur fond de drapeau américain.
C'est le groupe britannique The Oppressed qui a fait le plus connaître le SHARP en Europe. Après un voyage à New York, Roddy Moreno, le chanteur de ce groupe de Oi! culte des années 1980, avait rencontré les membres fondateurs Marcus et Jason, et ramené le concept dans son Cardiff natal.
À Beauvais Sylvain T., skinhead depuis 1982 et éditeur du fanzine Hardtimes, est le premier Français à développer le SHARP en 1989, aidé de Vincent V. l'ancien président du fan club des Béruriers noirs, lui-même éditeur du fanzine skinhead Un monstre est en moi.
Avec eux une bonne dizaine de skinheads radicalement antiraciste, très attachée à la culture skinhead telle qu'elle a vu le jour dans les années 1960, parmi lesquels on trouve pour les acteurs les plus connus de la scène skinhead de cette époque : Flavien P., batteur de Herberts et éditeur du fanzine Kids on the Street et Philippe W., fondateur et batteur du groupe et éditeur du fanzine Zéra. Ce dernier, arrivé de Rouen à Beauvais début 1992, sera aussi connu pour avoir eu un passé nationaliste radical très controversé au milieu des années 1980, mais aussi paradoxalement, pour avoir bien connu Marcus Pochelo, fondateur du SHARP à New-York City en 1987. Par le biais de son fanzine ZERA, il eut des contacts avec Bruce Kreitman, skinhead juif de Brooklyn comme lui, et Jason O'toole, chanteur du groupe New York hardcore Life's blood, tous deux membres actifs du noyau dur du SHARP N.Y.C.
En lien direct avec le S.H.A.R.P Beauvais, seule cellule française 100% skinhead anti-raciste en cette fin d'année 80, on trouve une bande parisienne, composée de Trojan skin (skinhead reggae) et de skinheads traditionnels qui traînent, entre autres, dans le quartier de Jussieu, 5e arrondissement de Paris.
Un des plus anciens skinheads de cette bande Manu R., créera quasiment dans la même période que le SHARP Beauvais, l'ARASH (Anti Raciste ACtion SkinHead). Avec l'autorisation de l'Anti Racist Action mère aux USA, Manu cherche alors à créer, à Paris, une réplique skinhead, sans concession à l'A.R.A américaine : de Anti-Racisme radical et sans compromis. Et ceci, clairement, bien avant le RASH qui apparaîtra sur Paris fin des années 1990, quand la plupart des bandes néo-nazis auront disparu.
Avec l'arrêt du SHARP Beauvais par Sylvain T., la plupart des membres du SHARP France originel rejoigne l'ARASH, qui, lui aussi, disparaîtra avec la résurgence d'un SHARP-Paris-Banlieue au milieu des années 1990. Là encore on retrouve des membres actifs de la scène skinhead entre autres Laurent et Arielle éditeur du fanzine skinhead Big 5, ainsi que la plupart des skinheads beauvaisiens et parisiens cités plus haut et une nouvelle génération tout aussi radicalement anti fasciste.